
Connu essentiellement par des textes de Pline l'Ancien et de Lucien, des notations éparses chez Plutarque et les historiens d'Alexandre, Apelle de Cos (peintre grec né à Cos en 332 avant J.C) se vit attribuer, à la Renaissance, une place d'honneur parmi les maîtres de l'art. Il occupe pour Pline, au Panthéon des peintres, la place du maître qui “ surpasse les artistes présents et à venir ”, topos rhétorique que Vasari devait appliquer à Michel-Ange.
Miroir des artistes, Apelle excellait dans tous les genres. Le premier des portraitistes officiels, il était le seul autorisé à représenter Alexandre et fit des portraits des grands personnages de l'époque hellénistique : Philippe de Macédoine, Antigonos le Borgne, qu'il plaça habillement de trois-quarts, ou Ménandre de Carie.
Qui plus est, les exemples que cite Pline du “ marché de l'art ” dans la Grèce antique sont suffisamment frappants pour ne pas passer inaperçus : il affirme que “ l'œuvre d'exception est sans prix ”. Pour récompenser Apelle de son Alexandre tenant le foudre, on couvrit le tableau de pièces d'or.
Apelle s'éprit de Campaspe, favorite d'Alexandre, tandis qu'il exécutait son portrait. Pline rapporte que le prince (Alexandre) offrit le modèle à l'auteur du tableau : échange de la beauté passagère contre l'œuvre d'art impérissable.
Comment expliquer le paradoxe de cette fascination, purement intellectuelle, pour un peintre dont on ne possède plus aucun tableau ?
Comprendre l'engouement pour la figure d'Apelle chez les humanistes et les artistes de la Renaissance, c'est s'interroger sur le peu de chose que l'on sait du plus grand peintre de la Grèce et certainement de l'histoire.
(Encyclopédie Universalis)